Aux objectifs de gestion de populations d'animaux sauvages
s'ajoute ceux du recyclage rapide des carcasses, matières
"à risques" dans les chaînes alimentaires au regard
des considérations épidémiologiques et bactériologiques
évoquées supra :
50 vautours " nettoient " entièrement, à l'état de
squelette, un cadavre de brebis caussenarde (65 kg) en moins de
15 minutes [21,35].
La qualité des apports alimentaires contrôlés sur le plan
sanitaire des apports revêt une importance non négligeable.
Cette considération porte bien au delà des réglementations se
afférentes aux matières dites " à haut risque "
(Annexe 4 et Arrêté Ministériel du 30/12/1991) et à la police
sanitaire des maladies à déclaration obligatoire et réputées
légalement contagieuses [21,35]. Deux exemples anecdotiques vont
en ce sens :
Le vétérinaire sanitaire d'un élevage de canards des
Pyrénées Atlantiques nous a fait récemment part de sa
décision de faire parvenir à l'équarrissage un lot de 1 000
canards gras : le propriétaire envisageait de les offrir aux
vautours, au risque de contaminer ces oiseaux sauvages et de
disséminer ainsi, potentiellement, une pathologie aviaire (DMV
C. BRARD, com. pers.).
Les intoxications mortelles et récentes de vautours
percnoptères, charognards picoreurs, dans le massif des Alpilles
(J. M. BILLET, com. pers.) et dans toute la péninsule ibérique
sont un contre-exemple extrême. Ceci démontre la nécessité
absolue de qualité sanitaire des apports.
Des spécialités - en particulier, des antiparasitaires à usage
vétérinaire ou phyto-sanitaire (endectocides, bains
insecticides, métaux lourds, dont le plomb, le mercure et le
cadmium) - sont (ou ont pu être) utilisés chez les animaux
domestiques : certaines molécules sont très rémanentes et (ou)
présentent une bio-accumulation, surtout lipidique. Les effets
induits sont de plus en plus néfastes au travers des chaînes
alimentaires. Bien entendu, les prédateurs en " fin de
chaîne " ont une position " privilégiée ", ici,
défavorable. Ces types de contamination - et, donc,
d'intoxication chronique ou latente - ne sont pas toujours
faciles à mettre en évidence. Leur impact réel dans les cadre
des étiologies multifactorielles n'est pas plus aisé à
estimer, en partie, en raison du coût élevé des analyses
éco-toxicologiques [18,19,28,30], du manque de standardisation
des méthodologies et protocoles d'analyses et des difficultés
d'interprétation des résultats bruts [18,21].
Les inconvénients de ces outils de gestion d'espèces
(individus et populations) ont été évoqués plus haut, en
partie :
" clochardisation " et mendicité, pour des
oiseaux réintroduits,
risques ponctuels d'imprégnation avec leur cortège
d'inconvénients. L'image de marque de ces vautours, alors peu
" naturels " est alors susceptible de faire naître des
facteurs d'ordre émotionnel défavorables, chez les citadins,
surtout,
prise en compte d'autres facteurs psychologiques
défavorables chez des citadins, usagers épisodiques du milieu
montagnard, à la découverte fortuite d'un cadavre ou d'un
charnier malodorants,
risques de phobie populaire à la vue d'un nombre
croissant d'oiseaux " impressionnants "et peu farouches
(tout ceci justifie pleinement les efforts d'information, de la
part des associations en direction d'un large public),
focalisation des dérangements (11) de la part de
personnes parfois très mal intentionnées,
grandes dépenses énergétiques et...financières,
supportées par les associations [9,21],
accidents divers - dont les collisions contre les lignes
électriques, fréquentes en milieu anthropisé -,
risques sanitaires, pour les oiseaux et potentiellement,
pour les autres espèces sauvages et domestiques commensales.
Des observations scientifiques raisonnées [31] tendent,
actuellement, à conseiller la prudence vis à vis de
nourrissages excessifs et sans objectif de planification
scientifique bien étayé. Pour l'anecdote, on peut signaler une
plainte récente (mai 1999) d'agriculteurs béarnais, voisins
d'un grand charnier homologué, face à la "prolifération
de nuisibles" (des grands corbeaux -, espèce protégée)
(G. JARRY, com. pers.) :
Des compétitions alimentaires inter-spécifiques semblent
exister entre gypaètes et vautours fauves, sur le versant nord
pyrénéen en particulier [31]. Le nombre de couples formés des
deux espèces augmente pourtant (Tableau 1). Cependant, les 400
couples reproducteurs de vautours fauves ont une productivité de
0,8 poussin. Elle n'est que de 0,2 pour chacun des huit couples
de gypaètes " efficaces " des Pyrénées Atlantiques
[31]. Un nourrissage excessif peut favoriser l'espèce la plus
dynamique : ici, le corollaire en est l'occupation dominante des
griffons dans les sites favorables à la reproduction du gypaète
: M. RAZIN et coll. [31] ont trouvé six aires de gypaète
occupées par leurs concurrents, en 1998.
Le couvert peut, donc, bien évidemment, influer aussi sur le
gîte.
Les avantages de tels outils sont nombreux pour la gestion de
ces populations d'oiseaux magnifiques. Ils contrebalancent
avantageusement les quelques inconvénients : renforcements de
populations locales (et même circum - méditerranéennes, pour
le vautour fauve), extension des aires de prospection alimentaire
et de reproduction, réintroductions d'espèces disparues et
re-colonisation d'espèces nouvelles commensales (percnoptère,
aigle royal, milans,...).
Chez les paysans concernés au premier chef - les bergers - les
vautours ont, depuis toujours, eu très bonne presse [5,7,27]. Le
tourisme de vision et la perception très positive - spontanée
ou induite par ce tourisme -, de la part des élus et des
collectivités, rendent la présence de ces oiseaux très
sympathique. Leur venue est impatiemment attendue, vers octobre
1999, dans le ciel des Gorges du Verdon (Cartes 1 et 2). Leur
régime alimentaire particulier et leur image de marque populaire
ne plaide pourtant pas, a priori, en faveur d'une promiscuité
excessive.
Sur le plan sanitaire, comme tout animal mobile et méconnu, ils
peuvent constituer des bouc - émissaires confortables, très
souvent face aux carences de la connaissance humaine [4,16,19,20]
:
" en plus, ils ont le bec crochu et mangent des animaux
morts ! " entend-on dire, avec une certaine appréhension,
crainte et, parfois même, dégoût.
Ces collaborateurs sanitaires semblent pourtant constituer à
l'évidence des cul - de - sacs épidémiologiques. De tels
programmes et interventions lourdes sur les milieux exigent
information, dialogue et concertation entre les différents
acteurs et partenaires actifs et... passifs. La législation
sanitaire constitue, en ce sens, un cadre directeur sécuritaire
par le biais de la loi du 07 août 1998.
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