
Le loup (Canis lupus) (3), est aussi un charognard occasionnel. La haine atavique portée par l'homme (Homo sapiens) à son égard a fait payer, indirectement, un très lourd tribut aux vautours nécrophages européens, dans la lutte de régulation contre les nuisibles, par le biais des empoisonnements volontaires : ils sont toujours non spécifiques (4).

Fortes, respectivement, de 10 à 11 000 couples de vautours fauves sur le Vieux Continent (dont 10 000 en Espagne), soit l'essentiel de la population mondiale, 1100 de moines (40 à 45% de la population mondiale), 1900 de percnoptères [13] (espèce actuellement en régression) enfin 92 à 112 couples de gypaètes pour l'Europe occidentale (H. FREY D.M.V., com. pers. 1996), ces quatre espèces d'oiseaux rares ont bien du mal à s'intégrer parmi nos 60 millions de compatriotes (Tableau 1).

Toutes espèces confondues, ils ont subi, directement ou non, le modernisme et les contrecoups de l'ère pastorienne rationaliste. L'usage des poisons - dont la strychnine et les spécialités phytosanitaires détournées de leur usage classique (Annexe 2) - fut catastrophique : il est, en effet, très facile d'éliminer de tels oiseaux au régime charognard exclusif. Ces auxiliaires du berger ont pâti, en priorité, de la lutte contre les compétiteurs agro-cynégétiques, loup, renard, chacal (Canis aureus), chiens et chats féraux (5).

Ces oiseaux ont aussi été des cibles peu glorieuses " pour le sport ". Les dénichages et l'oologie, associés à une ornithologie de collecte (jusque dans les années 1950), ont hâté ce déclin.
Les collisions contre les lignes électriques sont relativement fréquentes : la population des Causses (Sud Massif Central) a, ainsi, perdu 33 vautours fauves à ce jour.
Mais, surtout, la rationalisation de l'élevage et son intensification, les réglementations sanitaires et les... progrès de la médecine vétérinaire, la disparition progressive de la transhumance "à pied" (les drailles) et l'abandon des pelouses de montagne par les troupeaux, avec, en corollaire, la fermeture des milieux autrefois pâturés ont fait le reste. Cette dernière ne facilite pas la quête alimentaire.
La fracture entre ville et campagne est décidément grande ouverte !
Les facilités de pénétration (routes et pistes) de ces milieux fragiles, en vue d'activités de loisir et de travail, provoquent des dérangements dans les sites de repos et de reproduction et, donc, leur abandon [14,37]. On a donc agi sur le couvert et sur le gîte [28].
La prise de conscience européenne de l'importance du maintien de la bio-diversité est, aujourd'hui, quasi unanime. Mais, dès 1928 en France, un arrêté préfectoral protège les vautours fauves et percnoptères, tant en Hautes qu'en Basses - Pyrénées. Il faut pourtant attendre 1962 puis 1976 pour que les grands - puis la totalité de nos rapaces nationaux - soient protégés par la loi française. Mais la dernière femelle gypaète de l'arc alpin a été détruite, en 1913, en Val d'Aoste [9,14] et les vautours fauves cévenols se sont éteints en 1940 [3,32].
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