LES NOURRISSAGES ARTIFICIELS
Charniers collectifs et individuels : avantages et limites.

Généralités.

Les vautours ont été relégués dans les zones de montagne souvent les plus reculées, d'accès difficile. Ces biotopes sont donc, en corollaire, peu rentables à l'activité privée (ou publique) de collecte des animaux morts (6).
Depuis plus de 20 ans, des bénévoles associatifs locaux, régionaux et nationaux tentent de fournir à ces espèces un complément de couvert, là où un gîte inaltéré et calme existe encore.
De nos jours, les organismes associatifs, relayés par les services d'Etat, pratiquent le nourrissage artificiel des vautours, dans toute l'Europe.


Scène de pastoralisme habituel en Crête:le troupeau laitier de Savas,en juillet 98,au flanc du Mont Dikti.
(c) G.Joncour

La Grèce est, par contre, très réticente [HANDRINOS com. pers. dans 29]. Pourtant, l'usage du poison et les destructions volontaires des rapaces et de leurs milieux y est une des plus importantes parmi les pays de la Communauté Economique Européenne.
Paradoxalement, les chances de survie de ces nécrophages remarquables ont été compromises par le rigorisme d'une législation sanitaire très stricte.
Pas moins de 16 ans de démarches informatives et sensibilisatrices ont été nécessaires aux associations de protection de la nature relayées par des organismes de gestion déjà investis dans ces mêmes domaines (les Parcs Naturels) pour légaliser leur rôle positif d'auxiliaires de l'équarrissage.
En France, les activités de soutien alimentaire sont menées en plein accord avec l' Administration, et sans ménager les efforts d'information sur leur biologie. Ils justifient, ainsi, la mission de ces oiseaux, l'intérêt de leur présence et leur place écologique dans ces biotopes sensibles (Annexe2).
Les Tableau 1 et le Graphe 3 (en annexe) résument l'évolution des populations reproductrices, dans notre pays. Ils démontrent l'action positive du suivi et des investissements associatifs régionaux, nationaux - internationaux, même parfois -, dans une telle gestion de patrimoine écologique. Ils confirment aussi le bien fondé des mesures volontaristes prises en accord avec la D.N.P. et les autres intervenants réglementaires.
Un des objectifs est de maintenir et, si possible, d'étendre l'aire de prospection des oiseaux, en renforçant parfois les populations, par relâchers ponctuels.
Les Graphes 1 et 2 (en annexe), établis par Michel LECONTE [23,24] illustrent l'importance de la notion d'alimentation disponible, la biomasse, sur les succès de reproduction : les moyennes de précipitation sont inversement proportionnelles à la quantité de cadavres accessible pour ces grands voiliers très dépendants, dans leur quête alimentaire, des conditions météorologiques. Elles sont souvent très défavorables dans ces milieux de montagne. Les incursions d'oiseaux étrangers ne sont pas exceptionnelles, dans les Grands Causses. Des vautours espagnols arrivent dans la Jonte via le site de Navacelles (Sud - Larzac) (Cartes 1 et 2). A l'inverse, le séjour catalan d'un vautour moine issu de la néo-population des Causses [13,33].
A terme, l'objectif, pour les vautours fauves, est la re-colonisation des Alpes (Carte 2), aire de répartition traditionnelle. Au delà de cette gestion nationale favorisée par les apports alimentaires artificiels, l'étude de Goran SUSIC, en Croatie (juin 1999, com. pers.), concernant le suivi d'un vautour par balise Argos autour du bassin méditerranéen, via Israël, l'Afrique puis l'Espagne, semble démontrer une interconnexion potentielle plus large entre ces diverses populations méridionales.
Les pérégrinations de gypaètes dans les arcs pyrénéen et alpin [8,9] sont courantes. Elles sont notées par les réseaux ornithologiques sollicités dans le cadre du suivi scientifique. Ces contacts nous démontrent un erratisme de prospection actif.

Une étude de biomasse disponible originale [7].

Marianne CHASSAGNE a effectué une approche élégante des besoins alimentaires : un " équivalent - brebis ",-Eq.B., correspond à 40 kg. de nourriture consommable par les vautours sur une (brebis) caussenarde. Un oiseau reproducteur consomme en un an, environ 5 Eq.B. s'il produit son jeune à l'envol. Sinon, les besoins d'entretien sont couverts par 4 Eq.B.,. soit 13kg. ou 1/3 de brebis par mois. Les plateaux des Causses (Sauveterre, Méjean, Noir et Larzac) hébergent 130 000 brebis dont les 86 500 laitières du Bassin fromager de Roquefort (Carte 1). Elles produisent, en plus du lait et de la viande, 190 000 agneaux et, respectivement, 4 000 et 10 500 cadavres, d'adultes et de jeunes. La mise à disposition théorique de cette biomasse associée à une répartition régulière des mortalités dans l'année, permettrait d'entretenir 1 700 vautours. Mais les 9 700 Eq.B. ne sont évidemment pas tous disponibles, en particulier, de mai à octobre (Graphe 1), période d'estive et sans obstétrique.

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